En coupant court au débat à l'Assemblée nationale par le vote d'une question préalable, les députés ont infligé un camouflet au gouvernement. En marge de la séance, le ministre des Finances, Cheikh Diba, dénonce un « refus de transparence » et met en garde contre les répercussions budgétaires.
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Une demie surprise au lourd retentissement. En quelques minutes à peine, l’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) pour l'année 2026 venait d’être plié. Sans débat, sans confrontation d'arguments au fond. Avec 109 voix favorables à la question préalable sur 132 votants, les députés ont signé la fin de la séance plénière avant même qu’elle n’ait véritablement commencé.
Quelques instants après la levée précipitée de la séance, le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Cheikh Diba, s'est avancé vers la presse, le visage tendu et le mot dur. Loin du jargon comptable habituel des grands argentiers, c'est un constat de dépit et d'agacement politique qu'il a livré dans la pénombre des halles du Parlement.« Ce que je constate, c'est que l'Assemblée nationale n'a pas voulu du débat. Elle ne voulait pas que le peuple sache ce qui était en train de se jouer », a lâché le ministre, fustigeant la stratégie d'obstruction employée par l'opposition pour bloquer la révision budgétaire.L’onde de choc des crises internationales
Au cœur du litige se trouve un ajustement massif des équilibres financiers de l'État, que le gouvernement jugeait inévitable. L'exécutif entendait se conformer à la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF), qui impose de repasser devant la représentation nationale en cas de modification substantielle des trajectoires de recettes ou de dépenses.
Face aux journalistes, M. Diba a détaillé la mécanique de ce grand écart budgétaire, attribuant une part majeure des difficultés aux secousses géopolitiques internationales. La détérioration de la situation au Moyen-Orient et l'envolée consécutive du cours du baril de pétrole ont pesé d'un poids colossal sur les finances publiques sénégalaises.« La loi de finances initiale prévoyait 250 milliards de francs CFA de subventions pour le secteur de l'énergie. Mais pour accompagner les populations et amortir le choc, il nous en faut 790,3 milliards », a explicité le ministre. Un décalage de plus de 540 milliards de francs CFA que le gouvernement comptait faire entériner par la LFR pour éviter un contrecoup direct sur le portefeuille des ménages. Du côté des recettes, le constat n'est pas moins amer : sur les 762 milliards espérés au titre du plan de relance économique, seuls 173 milliards ont été mobilisés à la fin septembre.Un plafond de déficit contesté
Si la majorité Pastef reproche à l'exécutif de creuser artificiellement le déficit et de menacer la sincérité budgétaire, Cheikh Diba s'inscrit en faux contre ce qu'il qualifie de « manipulation » ou de « méconnaissance des règles ». « Un déficit budgétaire fixé à 7,6 %, c'est un plafond, une ligne rouge à ne pas franchir pour préserver notre trajectoire de consolidation », argue-t-il, rejetant l'idée d'un renoncement à la rigueur.
Ce rejet plonge le pouvoir exécutif dans une impasse technique et politique à deux mois seulement de la clôture de l'exercice budgétaire. Interrogé sur la suite des événements et les marges de manœuvre de l'État, le ministre a préféré s'en remettre à l'arbitrage du sommet de l'État : « Le président de la République et le Premier ministre décideront des voies et moyens pour permettre de dépasser cette situation. » La balle est dans le camp du président Faye.
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