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Politique

Kiiraay : le parti du président, et après ?

Publié le 3 septembre 2026 à 10h36

Samedi 25 juillet, Bassirou Diomaye Faye a lancé son propre parti, Kiiraay, pendant qu'Ousmane Sonko poursuivait la campagne de vente des cartes de Pastef. Au-delà de la rupture désormais actée entre les deux hommes, une question se pose : que pèsera réellement cette nouvelle formation face à Pastef ?

E Evenprod Medias Publié le 3 septembre 2026
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8:17
Le Billet de Bigué - Kiiraay : le parti du président, et après ? (Français) · voir la page de la vidéo

Samedi 25 juillet, deux scènes politiques se sont jouées au même moment. Au King Fahd Palace, à Dakar, Bassirou Diomaye Faye a lancé officiellement Kiiraay – Les Patriotes républicains, sa nouvelle formation politique, à l'issue d'une assemblée générale constitutive. Au même moment, Ousmane Sonko poursuivait sur le terrain la campagne de vente des cartes de Pastef. L'un construit son parti. L'autre consolide le sien. La rupture entre les deux hommes n'est plus le sujet : elle est actée. Ce qui nous intéresse désormais, c'est ce qu'elle produit dans le paysage politique sénégalais.

437 partis, un chiffre à vérifier

Kiiraay a une devise : « La Patrie d'abord ». Selon la résolution lue lors de l'assemblée générale par Aminata Touré, superviseure générale de l'ancienne coalition Diomaye Président, 437 partis et mouvements ont décidé de fusionner avec la coalition présidentielle pour créer cette nouvelle formation. 437, c'est un chiffre impressionnant sur le papier. Notre travail n'est pas de dire aujourd'hui qu'il ne se traduira pas en force politique réelle, mais de le retenir pour pouvoir, demain, le confronter aux résultats. Car, disons-le : une fusion de structures n'est pas encore une fusion d'électorats.

Pourquoi un parti maintenant ?

Être Président et disposer d'une force politique sont deux choses différentes. Un Président gouverne avec les institutions. Mais on fait de la politique avec des militants, des élus, des structures locales, une organisation — bref, avec un parti. Depuis sa rupture avec Pastef, Bassirou Diomaye Faye disposait du pouvoir exécutif, mais plus d'un appareil politique. Le processus n'est d'ailleurs pas né samedi : le chef de l'État avait déjà annoncé son intention de se doter d'une formation politique le 4 juillet. Les responsables de l'ex-coalition Diomaye Président ont ensuite adopté les textes fondateurs du futur parti. Samedi marque donc l'aboutissement d'un processus engagé en amont. Kiiraay vient combler un vide : il doit permettre à Diomaye Faye de transformer une légitimité présidentielle en force politique organisée. Et c'est là que les ralliements deviennent intéressants.

Pastef, une hémorragie ou une lecture partisane ?

À chaque départ de Pastef vers le camp présidentiel, certains parlent d'hémorragie. Difficile à dire si Pastef est réellement en train de se vider. Une démission fait du bruit, une succession de démissions fait des titres. Mais affaiblir un parti est autre chose. Du côté de Kiiraay, Yankhoba Diémé est allé très loin samedi en affirmant, en substance, qu'il ne resterait plus grand-chose de Pastef. C'est une lecture partisane, qu'il faut citer comme telle, pas comme un constat neutre. La vraie question n'est donc pas seulement : qui part ? C'est : qui part avec quoi ? Un maire qui rejoint Kiiraay entraîne-t-il ses électeurs ? Un responsable apporte-t-il avec lui une structure, un réseau, des militants ? Ou simplement son nom ? Car en politique, on ne transporte pas nécessairement ses électeurs dans ses bagages. Pour l'instant, Pastef conserve un appareil militant structuré, une implantation nationale et surtout une majorité parlementaire de 130 députés sur 165. Dire aujourd'hui que Kiiraay et Pastef pèsent le même poids serait donc une erreur.

Kiiraay peut-il déjà rivaliser avec Pastef ?

Pas si vite. Kiiraay vient de naître. Pastef est une machine politique qui a déjà remporté des batailles électorales majeures. Les mettre aujourd'hui sur le même pied serait aller beaucoup trop vite. Mais il y a quelque chose de particulièrement intéressant : les deux formations viennent, en partie, de la même histoire politique. Elles revendiquent le patriotisme, parlent d'éthique, de rupture avec les anciennes pratiques. Et elles vont probablement s'adresser, au moins en partie, aux mêmes électeurs — ceux qui partageaient une même espérance en mars 2024. La bataille ne portera donc pas seulement sur les responsables qui changent de camp. Elle portera sur les militants, les territoires et les électeurs. Et c'est là que l'image de samedi devient parlante : pendant que Bassirou Diomaye Faye lançait Kiiraay, Ousmane Sonko poursuivait la campagne de vente des cartes de Pastef. L'un doit construire une base politique qui lui soit propre. L'autre veut montrer que la sienne est toujours là.

Ce que change la naissance de Kiiraay

Elle clarifie le paysage. Il y a désormais deux projets politiques organisés. Pastef a son histoire, son appareil, ses militants et sa majorité parlementaire. Kiiraay a le Président de la République, les ralliements qu'il agrège et une organisation à construire. Il est beaucoup trop tôt pour savoir ce que pèsera cette nouvelle formation. Mais une compétition commence, pour les militants, les élus, les territoires — et demain, pour les électeurs.

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