Après la marche contre la vie chère organisée samedi à Dakar, notre chronique économique revient sur un paradoxe : une inflation officiellement maîtrisée, mais un sentiment de pression budgétaire bien réel pour de nombreux ménages.
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Une inflation à 0,3 %, mais des prix qui s'envolent par produit
Les chiffres de l'ANSD affichent une inflation annuelle de 0,3 % en juillet — loin d'une flambée généralisée des prix. Mais ce chiffre agrège des réalités très différentes : sur le seul mois de juillet, les prix des légumes-fruits ont grimpé de plus de 26 %, les légumineuses fraîches de près de 22 %, et le poisson frais de 4,1 %. « Une famille qui achète régulièrement ces produits va forcément le sentir. Elle ne fait pas ses courses avec la moyenne nationale, elle fait ses courses avec son propre budget. »
Le revenu, la variable qu'on oublie
Derrière l'expression « vie chère » se cachent en réalité plusieurs réalités distinctes : le prix des aliments, mais aussi le loyer, le transport, l'électricité — et le revenu, souvent oublié du débat. Une personne peut voir certains prix se stabiliser et continuer à se sentir à court d'argent, si son revenu n'a pas suivi les mêmes dépenses incompressibles.
« On peut avoir une inflation faible et une vraie pression sur les budgets. »
Derrière le prix de la viande, des coûts de production en hausse
La hausse du prix de la viande, par exemple, s'explique en partie par le coût croissant de l'alimentation du bétail et des difficultés d'approvisionnement, selon des professionnels interrogés par l'APS. Bloquer un prix à l'arrivée ne traite donc pas la cause : sans intervention sur la production, l'approvisionnement, le transport ou la distribution, « on soulage aujourd'hui et on retrouve le même problème demain ».
Loyer et électricité, les charges qu'on oublie de compter
Pour beaucoup de familles, l'essentiel de la pression budgétaire ne vient pas d'un poisson plus cher de quelques francs, mais de ce qu'il reste une fois le loyer payé. Le Woyofal, dénoncé lors de la marche de samedi (« Woyofal bi dafa seer »), illustre ce sentiment : Senelec facture actuellement 82 francs CFA la première tranche et 136,49 francs les tranches suivantes pour le tarif domestique petite puissance. Au-delà du tarif, c'est la contraction de la marge sur les dépenses courantes qui nourrit la contestation.
Mesurer autrement la réussite des politiques anti-vie chère
Plutôt que d'annoncer isolément la baisse de tel ou tel produit, la chronique appelle à mesurer l'efficacité des politiques publiques à l'aune d'une question simple : à la fin du mois, une famille peut-elle payer son loyer, faire ses courses, prendre les transports et absorber une dépense imprévue sans emprunter ? « C'est probablement là que se trouve la vraie mesure du pouvoir d'achat. »
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