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Octobre rose
PERFORM LISCA Bété Bété — Épisode 10
Actualité

« Un blocage budgétaire et une crise de la dette ne doivent pas être instrumentalisés à des fins politiques »

Publié le 22 octobre 2026 à 09h42

Économiste et professeur à la Stern School of Business de l'université de New York, Abdoulaye Ndiaye analyse pour Evenprod Médias les tensions institutionnelles autour du vote de la loi de finances rectificative (LFR) et les risques qui pèsent sur l'économie sénégalaise.

E Evenprod Medias Publié il y a 47 min
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11:56
Pr Abdoulaye Ndiaye : les risques d'un blocage budgetaire (Wolof) · voir la page de la vidéo

Evenprod Médias: Vous insistez sur la nécessité de privilégier le « sens de l'État » plutôt que la stratégie partisane dans la crise actuelle qui oppose l'exécutif à la majorité parlementaire de PASTEF. Pourquoi cette mise en garde ?


Abdoulaye Ndiaye : Nous sommes à un moment charnière de l'histoire du Sénégal, et les mois à venir vont déterminer beaucoup de choses. Dans de telles situations, certaines postures relèvent de la bonne politique politicienne, mais pas des actions qu'on attend d'un chef d'État. C'est pourquoi j'appelle à la responsabilité.
L'histoire du Sénégal est riche de précédents qui montrent notre capacité à surmonter les crises. Les inquiétudes de l'Assemblée nationale ne sont pas futiles : les députés veulent examiner les engagements pris auprès du Fonds monétaire international (FMI) et craignent des coupes budgétaires dans les subventions à l'énergie, à l'éducation ou à l'investissement public qui pénaliseraient les familles.Mais notre pays a déjà surmonté des épreuves similaires. En avril 1991, en plein ajustement structurel, Abdoulaye Wade  alors principal opposant d'Abdou Diouf  était entré au gouvernement comme ministre d'État avant de le quitter pour la présidentielle. Malgré son emprisonnement ultérieur, il était revenu aux responsabilités en 1995 au lendemain de la dévaluation du franc CFA, sans être sanctionné par les électeurs, guidé par cette idée qu'il ne fallait pas laisser le navire chavirer. De même, en mars 2020 au début de la pandémie de Covid-19, le président Macky Sall avait convié ses opposants au palais, et Ousmane Sonko avait répondu présent. Face à la crise, le pays était passé avant tout. C'est cet esprit qu'il faut retrouver.
L'opposition critique l'impact social des mesures exigées. Quels sont, selon vous, les points de blocage réels avec l'exécutif ?
Il y a matière à débattre sur les contours du programme conclu avec le FMI. L'Assemblée est dans son rôle en demandant la transmission du mémorandum complet, des audits réalisés, et des clarifications sur des instruments financiers complexes comme les Total Return Swaps. C'est une question de transparence démocratique.
Le véritable point d'achoppement concerne les subventions et la mobilisation des ressources. Le président de l'Assemblée nationale a longtemps défendu une approche rigoureuse en matière fiscale, avant d'exprimer des réserves en soulignant la lourdeur des taxes pour les ménages. C'est un revirement. Néanmoins, les subventions actuelles ne sont pas tenables : le Sénégal n'en a tout simplement pas les moyens. La solution réside dans un meilleur ciblage, à l'instar des pays développés, car ces dépenses ne sont pas directement productives. L'exécutif, l'Assemblée et la société civile doivent converger pour trouver un accord, au-delà des frictions institutionnelles.
Quelles sont, dans ce contexte, les marges de manœuvre de l'exécutif pour éviter l'impasse ?
Un bras de fer juridique ou l'adoption forcée de la loi de finances par décret ne sont pas dans l'intérêt du Sénégal. De telles options seraient très coûteuses. L'exécutif ne dispose pas de la majorité au Parlement, et une dissolution ne garantirait pas un tel basculement.
Ni l'exécutif ni le Parlement ne sont en position de force absolue. Face à un ennemi commun la crise de la dette, la confrontation est une option perdant-perdant. Si l'Assemblée réclame des garanties sur le programme du FMI, des compromis sont possibles. Mais un échec du programme et une rupture avec le FMI enverraient un signal catastrophique aux investisseurs.
Au lendemain des déclarations du président de l'Assemblée nationale, les eurobonds sénégalais à échéance 2033 et 2048 sont tombés sous la barre des 51 cents pour un dollar. Qu'est-ce que cela traduit ?
Cette baisse reflète l'incertitude des créanciers internationaux. Beaucoup tablaient sur une résolution rapide après l'annonce d'un accord avec le FMI le 6 octobre dernier, assortie d'une restructuration claire.
En chutant sous les 50 cents, les marchés évaluent désormais le risque d'un défaut de paiement imminent. Nous entrons dans une zone critique, un point de non-retour, où la situation macroéconomique est trop grave pour être instrumentalisée à des fins politiques. Un programme raté et un isolement financier seraient dévastateurs pour l'économie nationale.
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