Le ministère de l’Industrie et du Commerce a annoncé la suspension des importations de sucre à partir du mois de novembre. Une décision stratégique visant à soutenir la production nationale, mais qui réveille l'angoisse des commerçants et des consommateurs face aux risques de flambée des prix.
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C’est un arlésienne économique qui refait surface à l’approche de chaque fin d'année. L'État sénégalais a décidé de suspendre, dès le mois de novembre, les importations de sucre. Une mesure de régulation officiellement pensée pour accompagner la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) et stimuler l'autosuffisance alimentaire, mais qui suscite immédiatement l'émoi et la perplexité sur les marchés de la capitale.
Au marché Gueule-tapée, les souvenirs des crises passées sont encore vivaces. « Le constat est qu’à chaque gel des importations, le prix du sucre augmente », témoigne un commerçant local. Entre des sacs négociés habituellement entre 27 000 et 27 500 francs CFA et des envolées à 28 800 francs CFA en période de restriction, la transition se fait souvent dans la douleur. L'équation se complique d'autant plus à l'approche de grands rendez-vous de consommation comme le mois de Ramadan, où la demande s’intensifie et les pénuries guettent.
Protéger l'industrie ou préserver le consommateur ?
Du côté des associations de consommateurs, le ton est à la mise en garde. Momath Cissé, vice-président de l'Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN), décrypte le paradoxe de cette politique publique. Selon lui, cette mesure de gestion vise avant tout à protéger l'outil industriel national lorsque la production de la CSS arrive à épuisement, l'État se chargeant de piloter le contingentement des quotas d'importation.
Pourtant, le mécanisme comporte un revers structurel préjudiciable pour le citoyen. Lorsque les cours mondiaux du sucre baissent, le consommateur sénégalais ne peut en profiter, le marché local restant verrouillé pour sanctuariser les marges et les coûts de la production nationale. À l'inverse, si le marché international flambe, les importateurs se désengagent, laissant la charge exclusive à la compagnie locale d'ajuster l'offre, quitte à subir de plein fouet les soubresauts extérieurs.
Le défi de l’accessibilité
Cette décision relance un débat de fond sur l'équilibre délicat entre la protection de la souveraineté industrielle et la défense du pouvoir d'achat. Si l'objectif affiché de l'État est de tendre vers une autonomie sucrière pérenne, la crainte partagée par les ménages et les acteurs économiques réside dans la capacité réelle de la filière locale à couvrir l'intégralité de la demande nationale à des prix réellement accessibles.
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