Au lendemain de la signature du protocole avec le Fonds monétaire international, le directeur de la comptabilité publique et du Trésor, Ahmadou Tidiane Gueye, était l'invité de la grande matinale d'Evenprod Medias pour expliquer, chiffres à l'appui, ce qui a été négocié avec le FMI.
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« Ce n'est pas une restructuration »
Nommé directeur général de la comptabilité publique et du Trésor en janvier 2025, Ahmadou Tidiane Gueye tient à clarifier les termes du débat. Contrairement à d'autres pays passés par une restructuration complète, le Sénégal n'est en défaut ni sur le marché intérieur, ni sur le marché des eurobonds. « On ne peut pas parler de restructuration », insiste-t-il. Seule une partie ciblée de la dette — celle sur laquelle des arriérés s'étaient accumulés auprès de créanciers commerciaux privés, multilatéraux et bilatéraux — fait l'objet d'un traitement, décidé « de façon souveraine » par l'État.
Le constat du « misreporting » à l'origine des négociations
Le point d'achoppement des deux années de tractations avec le Fonds, c'est le constat que des données n'avaient pas été déclarées ni retracées dans la comptabilité de l'État. Le premier engagement du Sénégal a donc été de réconcilier ces données et de s'assurer de leur exhaustivité. La principale mesure corrective : la création d'une direction générale des financements et de la dette, chargée de centraliser une gestion jusque-là dispersée entre trop d'acteurs. « La direction générale a été créée, le directeur général a été nommé. Elle est en train d'être structurée », précise-t-il.
Subventions, transferts sociaux et budget 2027
Le cadrage budgétaire négocié avec le FMI engage le Sénégal sur une trajectoire de consolidation, avec un objectif : mieux cibler les ménages vulnérables. Les subventions actuelles, notamment dans l'énergie, n'atteignent pas encore les catégories les plus fragiles — un chantier de réforme est ouvert pour réorienter une partie de ces subventions vers des transferts sociaux directs. Le déficit doit passer de plus de 13 % à environ 7 % du PIB, et un nouveau Code général des impôts est en préparation pour mobiliser davantage de ressources « sans asphyxier » le secteur privé.
« Nous n'avons jamais été en défaut sur le marché des eurobonds grâce aux capacités de mobilisation que nous avons maintenues en 2025 et en 2026. »
Une trésorerie sous forte pression
Avec un encours de dette ayant atteint près de 130 % du PIB et des intérêts absorbant jusqu'à un tiers des recettes fiscales, le Trésor a dû naviguer une pression extrême sans jamais retarder une échéance de paiement — salaires, indemnités, service de la dette. En juin, l'État a même remboursé par anticipation plus de 53 millions d'euros et 31 millions de dollars de coupons, une opération saluée par le FMI. Le Sénégal prévoit par ailleurs de lever 487 milliards de francs CFA sur le marché de l'UMOA au troisième trimestre.
Cybersécurité : l'attaque de mai et ses suites
Interrogé sur l'attaque informatique ayant visé le Trésor en mai — un mois avant une attaque similaire contre la DGFIP française —, Ahmadou Tidiane Gueye reconnaît un système perturbé pendant plusieurs jours, mais sans le moindre retard sur les échéances de paiement. Un investissement de 8 milliards de francs CFA, mené avec la Banque mondiale, doit permettre une mise à niveau des équipements et, à terme, la création d'un data center dédié.
« Le retour de la confiance »
Sur la question de la note souveraine du Sénégal, dégradée à plusieurs reprises par Moody's avant l'accord, le directeur du Trésor refuse de se prêter au jeu d'une notation chiffrée mais se dit confiant : la validation du programme par le FMI doit permettre un retour progressif de la confiance des investisseurs, et donc une amélioration de la notation d'ici 2029. « Je pense que nous avons quand même été résilients, et ça, il faut le reconnaître de façon objective », conclut-il.
Émission
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